Début juin, à l’initiative de l’Institut fédéral pour le Développement durable (IFDD), le Résidence Palace a accueilli une conférence de presse consacrée aux risques liés au changement climatique, analysés tant à l’échelle belge qu’européenne.
Inondations, vagues de chaleur, sécheresses, dégradation des sols, perte de pollinisateurs… Les effets du changement climatique sont plus que jamais perceptibles. En Belgique comme en Europe, ils affectent concrètement notre quotidien et devraient s’intensifier dans les années à venir. Dans ce contexte, le Centre belge d’analyse des risques du changement climatique (CERAC) a publié un rapport recensant 28 risques majeurs liés au changement climatique et à la dégradation des écosystèmes en Belgique. Objectif : identifier les menaces prioritaires et proposer des mesures concrètes pour renforcer la résilience du pays.
Pour rappel, le CERAC a été créé à la suite des inondations dramatiques de 2021 en Belgique, qui ont coûté la vie à 39 personnes et entraîné plusieurs milliards d’euros de dépenses publiques pour la reconstruction.
À l’occasion de cette conférence, trois intervenant·es clés à l’échelle belge, européenne et internationale ont croisé leurs points de vue : Luc Bas (directeur du CERAC), Elina Bardram (directrice à la DG CLIMA de la Commission européenne) et Veronika Hunt Safrankova (directrice du bureau bruxellois du Programme des Nations Unies pour l’environnement – PNUE). Tous·tes ont plaidé pour une action renforcée, urgente et coordonnée.
Tenir compte des limites planétaires
Luc Bas a présenté la méthodologie du rapport belge sur l’évaluation des risques climatiques (BCRA). Les 28 risques identifiés sont répartis en cinq grandes catégories :

« Tous ces risques montrent, s’il le fallait encore, que nous dépassons les limites planétaires », a-t-il souligné. Parmi eux, six nécessitent une action urgente, en particulier en raison de leur impact sur les populations les plus vulnérables :
- les risques pour l’assurance des biens liés aux inondations
- les risques pour la santé humaine liés au stress thermique
- les risques pour la santé humaine liés à la recrudescence de maladies zoonotiques pandémiques
- les risques de dommages aux bâtiments liés aux inondations
- les risques pour le secteur agricole liés aux conditions météorologiques défavorables
- les risques pour la production alimentaire liés à la dégradation des sols

Un triple impact pour la société belge
S’ils ne sont pas pris en charge, ces risques auront des conséquences :
- économiques
Les pertes pourraient varier fortement selon les scénarios climatiques :
- un scénario limité à +2 °C entraînerait une baisse d’environ 2,8 % du PIB à l’horizon 2050
- un scénario plus pessimiste (+3 °C) pourrait porter cette perte à 5 %
Rapporté au PIB actuel de la Belgique (environ 600 milliards d’euros), cela représente entre 21 et 73 milliards d’euros de coûts.
- sociales
Le changement climatique accentue les inégalités. Les groupes vulnérables sont en effet les plus touchés et les formes de vulnérabilité sont multiples. Le renforcement de la résilience passe donc par la réduction des inégalités.
« La justice climatique doit être considérée comme une condition de sécurité nationale », a insisté Luc Bas.
- sécuritaires
Les effets du changement climatique sont systémiques et en cascade, ce qui impose de combiner des stratégies préventives et réactives. D’où la nécessité de renforcer la préparation et la capacité d’action des services publics, un impératif pour faire face aux crises à venir.
Vers un cadre européen intégré
Elina Bardram a présenté la vision européenne d’une société résiliente face au changement climatique, structurée autour d’un cadre intégré de gestion des risques adopté en 2024. « Depuis la pandémie de COVID-19, nous faisons face à des crises plus fréquentes et moins prévisibles », a-t-elle rappelé.

L’agenda européen repose sur plusieurs leviers :
- moderniser notre économie
- assurer notre compétitivité sur le marché mondial
- renforcer notre indépendance énergétique et notre autonomie stratégique
- préparer la société et l'économie aux incertitudes et aux menaces
- améliorer la résilience socio-économique
- favoriser la stabilité et la prévisibilité
La stratégie est claire : être préparé·es ! Elle s’articule autour de la règle des « 4 P » : prévenir les pertes économiques et les coûts ; protéger les personnes et les biens exposés à des risques ; préparer des modèles économiques compétitifs adaptés à un climat en mutation ; prospérer en explorant de nouvelles opportunités.
Pour Elina Bardram, investir dans la résilience est rentable : chaque euro investi pourrait générer un retour multiplié par dix. Elle souligne également la nécessité d’identifier les risques acceptables et ceux qui ne le sont pas.
Diminuer le recours aux énergies fossiles ne suffira pas !
Veronika Hunt Safrankova a tenu un discours sans détour : « Réduire les émissions de carbone ne suffit plus ».
Le dernier rapport du PNUE, Emissions Gap Report 2025 : Off Target, montre que les nouveaux engagements climatiques pris dans le cadre de l'Accord de Paris n'ont que légèrement réduit la hausse de la température mondiale au cours de ce siècle, exposant ainsi le monde à une importante aggravation des risques et des dommages climatiques.
Elle a insisté sur le rôle déterminant des villes, responsables de 72 % des émissions de gaz à effet de serre, et sur la nécessité d’y concentrer les efforts.
Son intervention s’est toutefois conclue sur une note plus positive, en évoquant les « points de basculement positifs » identifiés dans la note du PNUE Cheaper. Cleaner. Unstoppable, qui met en avant le potentiel croissant des technologies propres pour accélérer la transition.
Vous pouvez visionner la conférence sur la chaine Youtube du Résidence Palace.
Plus d'informations
Afin de stimuler les échanges et la sensibilisation aux enjeux du développement durable, le Résidence Palace a mis en place, avec l’IFDD, le Centre régional d’information des Nations Unies (UNRIC) et plusieurs organisations de journalistes (la Fédération internationale des journalistes, la Fédération européenne des journalistes, l’Association des journalistes professionnels et la Vlaamse vereniging van Journalisten), une plateforme de dialogue informel. Ce réseau organise régulièrement des rencontres réunissant une trentaine de journalistes internationaux et des expert·es, favorisant des échanges approfondis et un meilleur partage des connaissances.
Belgian Climate Risk Assessment (BCRA)
Emissions Gap Report 2025 : Off Target
Cheaper. Cleaner. Unstoppable
Risks Associated with Climate Change: European Approaches - Résidence Palace Talks 9 - 2 June 2026