Les derniers chiffres publiés par le SPF Santé publique rappellent l'importance de la lutte contre le commerce illégal de bois. En 2025, neuf dossiers sur dix contrôlés par l'Inspection fédérale de l'environnement présentaient des non-conformités. Face à ce constat, un nouveau plan d'action prévoit un renforcement des inspections, des prélèvements et de l'accompagnement des entreprises. Une actualité qui éclaire sous un jour particulier le travail réalisé quotidiennement par les douanes et les experts chargés d'identifier les essences de bois commercialisées en Belgique.
Ces derniers mois, nous vous avons fait découvrir plusieurs réalisations concrètes portées par les services publics fédéraux (SPF) : le déploiement du service des expert·es du vécu, la transformation de l’économie belge, l’amélioration de l’accès aux droits sociaux, le renforcement de la résilience face aux crises sanitaires ou encore la création du Centre belge du climat.
Autant d’initiatives qui illustrent la manière dont les administrations fédérales coopèrent entre elles pour contribuer à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable.
Aujourd'hui, nous vous emmenons à la découverte d’une autre action concrète lancée dans le cadre du Plan fédéral pour le développement durable précédent : la lutte contre le commerce illégal de bois et d’espèces protégées.
L’expertise scientifique au service du développement durable
Pour comprendre comment cette mission est menée sur le terrain, le SPF Finances nous a ouvert les portes de son laboratoire des douanes situé en périphérie bruxelloise, à Vilvoorde. Accompagnés de Filip Van de Velde, président du comité de direction du SPF Finances, et de Giovanni Ferrari, coordinateur développement durable, nous avons découvert les coulisses d'un travail essentiel à la protection de la biodiversité.
Filip Van de Velde place les enjeux liés au développement durable parmi les priorités de l’organisation : le plan stratégique du SPF Finances, adopté fin 2025, consacre cette ambition à travers l’objectif « Notre avenir : durable et sûr ».
Au-delà de ses missions fiscales, le SPF Finances joue également un rôle de protection de la société. Il agit contre différentes formes de fraude et de criminalité qui menacent l’économie, tout en veillant à l’application des réglementations européennes et internationales. En plus de l'application des réglementations, cette mission s'inscrit pleinement dans les objectifs du développement durable. La lutte contre le trafic illégal de bois contribue à préserver les écosystèmes, à limiter les effets du changement climatique et à garantir des conditions de concurrence équitables pour les acteurs de la filière forestière légale.
Les enjeux sont considérables et justifient la mobilisation des autorités belges, parmi lesquelles le SPF Finances :
- Déforestation et climat : la coupe illégale détruit des habitats naturels irremplaçables, appauvrit la biodiversité et libère d'importantes quantités de carbone, contribuant ainsi à l'accélération du changement climatique ;
- Impact social et humain : ce commerce illicite porte atteinte aux droits et aux moyens de subsistance des populations autochtones et des communautés locales qui dépendent des forêts ;
- Pertes économiques : il prive les pays producteurs de recettes fiscales essentielles et crée une concurrence déloyale pour les entreprises engagées dans une exploitation forestière légale et durable.
Le rôle central des douanes belges
Dans la lutte contre le trafic illégal de bois, l’Administration générale des Douanes et Accises constitue la première ligne de défense. La Belgique représente en effet une importante porte d’entrée vers le marché européen, notamment via le port d’Anvers et les différents aéroports du pays. Les douanes contrôlent ainsi les marchandises importées afin de détecter d'éventuelles infractions à la réglementation.
Leur action prend plusieurs formes :
- des inspections ciblées de cargaisons suspectes ;
- des saisies de marchandises introduites illégalement ;
- des analyses scientifiques permettant d'identifier avec précision les essences de bois concernées.
Cette dernière mission repose sur une coopération étroite entre les douaniers et plusieurs partenaires scientifiques, notamment le Musée royal de l’Afrique centrale, l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et le SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement.
« Je tiens à préciser que ce travail est mené main dans la main avec l’Inspection fédérale de l’environnement », souligne Filip Van de Velde.
Les efforts que nous poursuivons concernant ces biens rares et ces espèces protégées répondent à deux objectifs principaux : un objectif environnemental, afin de préserver les ressources naturelles et de lutter contre les effets du réchauffement climatique, et un objectif social, en limitant l’appauvrissement des populations locales qui dépendent de ces ressources.
Une convention internationale pour protéger les espèces menacées
La surveillance du commerce de bois s'inscrit dans le cadre de la convention CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Le commerce des espèces sauvages de plantes et d’animaux à travers le monde est une activité importante et lucrative estimée à plusieurs milliards d’euros par an. S’il n’est pas surveillé ou réglementé, ce commerce peut menacer la survie de ces espèces.
Aujourd'hui, près de 40 000 espèces animales et végétales bénéficient de cette protection internationale. L'objectif est d'encadrer leur commerce afin qu'il ne mette pas en péril leur survie.
Entrée en vigueur en 1975, la convention rassemble désormais une large majorité des États du monde (184 pays), dont la Belgique depuis 1984.
Comment les contrôles sont-ils organisés ?
Les flux commerciaux étant très importants, il est impossible de contrôler chaque cargaison entrant sur le territoire. Les autorités s'appuient donc sur une analyse de risques fondée sur les données disponibles, ainsi que sur l'échange d'informations avec les autres pays partenaires.
« Il n’est pas possible de mener cette action seul », explique Giovanni Ferrari. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le service CITES du SPF Santé publique, mais aussi avec les services de police et le ministère public. » Les contrôles sont ainsi ciblés sur les opérations présentant les risques les plus élevés. En moyenne, quelque 600 contrôles et enquêtes sont réalisés chaque année. Au cours des deux dernières années, le taux d'infraction observé s'est établi autour de 4 %.
Le laboratoire de Vilvoorde, un allié essentiel
Lorsqu'un doute subsiste sur l'origine ou la nature d'un bois importé, le laboratoire des douanes entre en scène. Les spécialistes y analysent des échantillons afin d'identifier avec précision les essences concernées et de vérifier si elles figurent parmi les espèces protégées.
« L’enjeu reste pour nous d’identifier si le trafic concerne des espèces protégées », explique Giovanni Ferrari. « En plus de nos expert·es du laboratoire et du service CITES, nous nous appuyons sur l’expertise d’institutions scientifiques telles que le Musée royal de l’Afrique centrale ou l’Institut royal des Sciences naturelles. »
Si les flux illégaux peuvent provenir du monde entier, plusieurs pays apparaissent régulièrement dans les itinéraires commerciaux contrôlés, notamment les Émirats arabes unis, l’Inde ou le Cameroun. Parmi les essences concernées figurent notamment l’aquilaria, le sesham (Dalbergia sissoo), le padouk ou encore le moabi.
C’est précisément là que le laboratoire des douanes joue un rôle essentiel : il permet de déterminer l'origine et l’essence du bois à partir d'un simple échantillon », conclut Filip Van de Velde.
Une action concrète au service du développement durable
À travers cette expertise scientifique discrète mais essentielle, les douanes belges contribuent à la protection de la biodiversité, à la préservation des ressources naturelles et à la lutte contre les trafics internationaux. Une illustration concrète de la manière dont les administrations fédérales participent à la mise en œuvre du développement durable, bien au-delà des missions auxquelles on les associe habituellement.
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